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LA VAGUE MONTANTE
Vêtus de jaune, de bleu ou de violet, les pitits plongeurs achèvent de s'équiper dans la crique de Portalo. Ils arrivent du Val d'Oise, de Narbonne ou de Belgique et s'apprêtent à "goûter" l'eau de la Méditerranée.
Aujourd'hui, on laisse les bouteilles de côté. Pour une remise en forme, palmes, masque et tuba suffiront amplement.
Les plus jeunes suivent Jean-Jacques Gauthier, leur moniteur, de très près. Ni l'eau encore fraîche de cette fin de printemps, ni ces "oeufs de méduses" (des Salpes, en réalité) d'aspect gélatineux qui abondent, ne semblent les gêner.
Ils ont 6, 7 ou 8 ans au maximum, palment la tête hors de l'eau et la plongent de temps à autres sous la surface, un bref regard presque furtif dans un autre monde.
"En deçà de 8 ans, il est préférable de ne pas leur laisser de tuba" explique Nicole Bouteilly du C.I.S.N Val d'Oise. "A la piscine, on leur apprend à respirer dans un tuyau, en leur racontant des histoires. S'ils boivent la tasse, ils ne feront pas pour autant un blocage. Avec le tuba, c'est une autre histoire. Quelques gorgées d'eau ingurgitées et l'enfant ne veut plus entendre parler de cet outil de malheur. Une fois qu'ils se sont habitués à respirer dans le tuyau, on les incite à employer le tuba".
L'approche ludique, c'est un peu le mot d'ordre de la plongée enseignée aux enfants. En piscine, pour apprendre la technique, tout passe par le jeu. "L'enfant aborde la plongée et le monde sous-marin d'une autre façon" souligne Jean-Jacques Gauthier. "Il joue.
Il joue avec l'espace, beaucoup plus que les adultes. Et puis, au-delà du jeu, il y a la découverte du milieu. Son approche est bien souvent différente de la nôtre. Certains peuvent passer tout leur temps de plongée à compter des oursins ou des étoiles de mer, à titiller des Corynactis pour qu'elles se referment, à observer les dents d'un Oursin...
Dix clés pour un monde merveilleux
Pour leur 4ème édition, les J.E.P.E. ont franchi la frontière. Cette année du 19 au 23 mai, c'est le club Med de Cadaques qui accueillait 185 enfants venus des quatre coins de France, mais aussi de Suisse et de Belgique. Partant du bord ou depuis les bateaux du club, les jeunes plongeurs ont exploré les fonds des criques sauvages.
Sur le pont du bateau ou sur les rochers, il suffisait de tendre l'oreille pour capter les bribes de dialogues émerveillés.
Jérôme, de Narbonne, a vu un magnifique poisson rose saumon et une sorte de petit arbre "qui se replie quand on le touche".
Antoine, un petit belge, a eu la chance de caresser une Seiche tapie sous un rocher, près du bord.
Frédéric, venu de Creil pour ses premières plongées en mer, a été gâté: il affirme avoir vu ... un Thon.
Mais les activités offertes ne se limitaient pas à la seule exploration sous-marine. Les enfants ont pu également pratiquer l'escalade, le kayak de mer ou plonger d'une autre façon, avec ces drôles de bulles translucides posées sur la tête.
Sous l'eau, un panneau installé par 3 m de fond, dans la crique de Portalo, leur a permis d'exprimer leurs talents artistiques. Munis de pastels gras, ils ont pu dessiner, sur une feuille de papier étanche, des organismes du plancton, le thème choisi pour l'édition 94.
"Audelà de l'intérêt de les laisser s'exprimer, cette activité est un excellent outil pédagogique. En se concentrant, les jeunes plongeurs oublient leur stress, si stress il y a, apprennent à mieux se stabiliser", explique Christophe Legargean, le concepteur du panneau.
André Laban, un des précurseurs de l'expression graphique subaquatique, utilise une technique différente : la peinture à l'huile. Présent pour la deuxième année consécutive aux JEPE, il exposait ses oeuvres.
Au programme, également : la visite du musée Dali à Figueras, le spectacle "Baleines et contrebasse" de Bernard Abeille, et diverses conférences comme le Corail rouge, conté par Patrick Mouton et Philippe Valette, l'Archéologie sous-marine présentée par Martine Sciallano, ainsi qu'un débat sur la plongée et l'environnement. Débat durant lequel les enfants ont pu découvrir les "10 clés pour un monde merveilleux", une liste de conseils destinés à sensibiliser les jeunes plongeurs, fruit de la concertation de l'ARPE, des JEPE et de Nausicaä.
Rencontre entre les enfants passionnés de mer et de plongée, les JEPE sont aussi l'occasion d'échanges entre les encadrants des clubs, les spécialistes de plongée enfant et les fabricants. Dialogues et réflexion s'établissent, pour faciliter la vie aux petits plongeurs et développer cette activité. Sur ce point, l'avenir semble prometteur : les chiffres parlent d'eux-mêmes. 185 enfants participaient aux JEPE cette année contre 130 en 93.
L’AVIS DU MEDECIN
Sur le bord de la piscine, le Docteur Duvallet, physiologiste à la Faculté de Médecine de Paris, et son assistante, Isabelle Revol, ont installé un appareil enregistreur. A tour de rôle, les petits plongeurs qui le souhaitent viennent respirer dans un détendeur. Ces mesures spirométriques s'inscrivent dans le cadre de l'analyse de la fonction respiratoire du jeune plongeur, des travaux engagés voici 2 ans.
"Le poumon a été bien étudié en apnée, chez les plongeurs de la Marine Nationale ou les plongeurs professionnels", explique le Docteur Duvallet. "En revanche, dans le cadre de la plongée loisir, très peu d'études ont été réalisées.
L'enfant a une approche du monde sous-marin bien différente de la nôtre : il peut passer son temps de plongée à compter des Etoiles de mer ou se passionner pour un Oursin.
Chez l'enfant, tout que l'on a pu dire relève de l'imaginaire ! Il est vrai que la croissange du poumon est totalement achevée vers l'âge de 12 ans. On a donc longtemps pensé que les tissus pouvaient être plus fragiles et plus aptes à se déchirer que chez l'adulte, affirmations qui ne se fondent sur aucune étude médicale. Plutôt que d'interdire sans savoir, nous préférons essayer de comprendre avant toute chose. A l'heure actuelle, par manque de moyens technologiques adaptés, les mesures se font à l'air libre.
Toutefois, un capteur autorisant des mesures en immersion est à l'étude et devrait être utilisable d’ici peu. Depuis 1981, Alain Duvallet s'intéresse aux enfants plongeurs. Il s'est d'abord penché sur la croissance et les travaux menés durant plus de 10 ans lui ont permis de conclure que contrairement aux idées reçues, la plongée n'inhibe en aucune façon la croissance.
Pour le Docteur Duvallet, cependant, la principale préoccupation reste les oreilles. Surtout chez les enfants de 5 à 8 ans chez lesquels les infections fréquentes provoquent des difficultés, lorsqu'il s'agit de compenser.
Médecins, moniteurs et parents doivent être très vigilants. D'autant que l'enfant qui a vraiment envie de plonger ou désire faire comme le copain aura tendance à forcer ...
Enfin, le froid doit être pris sérieusement en considération. Lorsque l'enfant commence à sentir le froid, il est déjà quasiment en Hypothermie. Alors que chez l'adulte le système de régulation thermique atteint sa maturité entre 16 et 18 ans, la marge est plus importante.
Pour Alain Duvallet, il n'y a aucune raison d'interdire la plongée à un enfant. A moins, bien sûr, que le médecin ne détecte une contre-indication à la pratique de cette activité lors de la visite médicale. Visite médicale qui doit être la plus complète possible et se faire impérativement dès lors que l'enfant décide de plonger. |