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 Plongez, Mesdames ... (le 08/04/2009 à 19h13)

PLONGEZ, MESDAMES

 

Il faut bien le dire, la femme plongeuse, et plus généralement la femme sportive, a longtemps suscité de francs élans de misogynie de la part de ses congénères du sexe fort. Les premiers travaux concernant la femme et la plongée ont été publiés en 1965, 10 ans après la création de la F.F.E.S.S.M. Et ce n'est que le 28 mars 1990 qu'un décret de protection des travailleurs en milieu hyperbare n'empêche plus les femmes d'être plongeuses professionnelles. En 1992, elles n'étaient qu'une dizaine à faire ce métier. Quant aux armées, elles ne, voient encore aucune utilité à faire plonger les femmes ...

THÉORIE ET OBSERVATIONS

Heureusement, on progresse beaucoup dans les travaux concernant la femme et la plongée, d'un point de vue médical. Réunis, plusieurs spécialistes se sont penchés sérieusement sur la question, en confrontant leurs théories et en dégageant certaines certitudes.

Une chose est acquise : en dehors de la grossesse, la femme est aussi apte que l'homme à pratiquer la plongée.

Certaines réserves ont été émises quant à l'incidence du cycle menstruel et de la prise de contraceptifs oraux. Les règles correspondent à une période de rétention d'eau, d'hypersensibilité au froid et d'instabilité neurovégétative, tous ces facteurs pouvant accroitre le risque d'Accident de Décompression.

Par ailleurs, il est admis qu'une contraception hormonale à base d'oestro-progestatifs peut ralentir le dégazage en Azote, entraînant un risque d'Accident de Décompression plus important, de par les modifications au niveau des facteurs de coagulation.

Ces propos théoriques doivent être tempérés à la lumière, notamment, d'une étude menée sur 400 femmes pratiquant la plongée soit pendant leurs règles (131), soit au cours d'une contraception oestro-progestative (106) ou en dehors de toute contraception et des périodes de règles. Cette enquête n'a permis de constater aucune différence significative sur le nombre d'accidents, que les plongées aient été pratiquées avec ou sans palier. Les données théoriques sont donc largement tempérées par les observations pratiques.

PLONGER ENCEINTE : INTERDIT

L'affirmation du Docteur Judith Anderson selon laquelle "une interruption de plongée de 9 mois semble un petit prix à payer pour un enfant en bonne santé et sans anomalie" a été vigoureusement appuyée par les médecins présents. Plongée et grossesse ne font visiblement pas bon ménage. Graves sont, en théorie, les conséquences pour le foetus : risques d'Hypoxie, d'Hyperglycémie, d'Hyperthermie, d'empoisonnement d'origine maternelle (gaz polluant dans la bouteille).

Par ailleurs, l'Accident de Décompression, plus fréquent chez la femme enceinte, peut sérieusement altérer le débit sanguin au niveau du placenta. Un Accident de Décompression en début de grossesse peut être à l'origine de malformations sur le foetus. S'il survient plus tardivement, l'enfant risque la naissance prématurée ou la mort in-utero.

Les médecins ont également soulevé le problème causé par les tables de plongée : aucune en effet ne prend en compte le dégazage en Azote du tissu foetal.

Enfin, il a été prouvé que le traitement hyperbare d'un Accident de Décompression chez la mère peut affecter le foetus. Ces considérations théoriques ont été appuyées par des enquêtes. La plus récente a été réalisée en 1989 par des Scandinaves. Il apparaît que le risque de malformation foetale est 10 fois plus élevé chez les femmes qui ont plongé pendant leur grossesse, que chez celles qui ont arrêté.

La table ronde sur la Femme et la Plongée a donné l'occasion aux spécialistes de faire le point sur les accidents féminins, notamment à partir d'une étude portant sur deux sources principales: l'ensemble des dossiers du C.H.U de Nice (50 dossiers féminins) et les 35 dossiers féminins recueillis sur l'ensemble des centres hyperbares français, en 1987 et 1988.

Ces études ont permis de dégager les informations suivantes : les Accidents de Décompression sont moins fréquents chez la femme que chez l'homme, toutes proportions gardées ; ils sont globalement moins graves et plus souvent liés à des problèmes comportementaux.

 

LES FEMMES ET LE MONITORAT

Combien de plongeuses poursuivent jusqu'au monitorat ? Hormis la FFESSM., aucune organisation de moniteurs n'est en mesure de fournir un chiffre précis, considérant qu'un enseignant est un enseignant, peu importe le sexe. Il apparaît tout de même que les monitrices de plongée sont minoritaires (peu surprenant), mais que leur nombre s'accroit (prometteur) ...

. La F.F.E.S.S.M, sur 8.450 moniteurs (MF1, MF2, Instructeurs), recense 747 femmes (environ 9 %) sur l'ensemble du territoire national, y compris les DOM-T0M.

. PADI, qui, à Cannes, assure la formation des instructeurs au niveau européen, estime à 20 % le pourcentage de monitrices, ce qui semble être le pourcentage le plus élevé.

. Le S.N.M.P. C.I.P.P. regroupe 600 moniteurs, dont 40 femmes (un peu moins de 7 %).

Globalement, on peut donc estimer que 10 % environ des moniteurs sont des ... monitrices. Un pourcentage faible si l'on estime, comme le fait PADI, que 35 % des plongeurs dans le monde sont des femmes. La F.F.E.S.S.M avance pour sa part un pourcentage de 22 % pour notre pays.

. L’A.N.M.P. "Les Guides de la mer" rassemblent 335 moniteurs, dont 22 femmes (7 %).

 

CONSEILS DE FEMME A FEMMES

. Prendre une bonne position pour porter son bloc. On le porte en sac à dos avec les deux sangles ou le gilet, et pas en bandoulière sur une épaule, même sur une courte distance.

. Ne pas envisager la plongée comme un sport difficile, mais comme un loisir accessible à toutes. Pas de complexe à avoir !

. Mieux s'entraîner au palmage, afin d'acquérir une bonne musculation et un patinage efficace, pour être capable d'affronter le courant.

. Ne pas plonger enceinte. Après la maternité, si on est passionnée, reprendre assez rapidement et continuer à plonger, en s'arrangeant pour faire garder les enfants.

. Ne pas hésiter à progresser jusqu'au niveau "autonome", ou mieux encore capacitaire (niveau 4), certes plus physique mais qui apporte autonomie, confiance en soi, sécurité et crédibilité auprès des "mecs".

. Ne pas croire qu'un maquillage "waterproof' est la panacée à notre féminité. A la sortie de l'eau, il nous fait plus souvent ressembler à des sorcières qu'à des pin-ups.

. Bien choisir son vêtement, surtout si l'on plonge en eau froide, sans oublier gants et chaussons, qui protègent également des coupures et écorchures. Une fermeture est plus pratique.

. Apprendre à connaître le matériel, pour ne pas passer pour des gourdes !

. Connaître ses limites, et ne pas vouloir à tout prix suivre les hommes. Dans une mer difficile, froide, il vaut parfois mieux renoncer plutôt que pleurnicher, et en fin de compte enquiquiner toute la palanquée. Si une femme est souvent plus volontaire, elle n'égalera jamais un homme d'un point de vue physique. Dur à admettre, mais bon ...

. Prendre systématiquement une bouteille d'eau avec soi. C'est à croire que tous les bonshommes sont des dromadaires !

. Protéger ses yeux et ses lèvres des agressions de la mer et du soleil. Après la plongée, un petit rinçage à l'eau douce et une crème écran total préserveront notre peau.

. En sports subaquatiques, porter un bonnet de bain, pour éviter d'avoir les cheveux dans les yeux.

. Faire un tout petit peu attention aux gestes, aux positions parfois "inesthétiques".

. Porter un maillot de bain avec un tissu résistant et élastique, surtout si l'on a une poitrine généreuse. A éviter les jolis maillots 2 pièces en coton imprimé.

. En tir, porter une ceinture en caoutchouc repliée derrière la boucle et charger le fusil en l'appuyant dessus. C'est plus confortable et cela évite de le faire déraper sur le pubis, expérience douloureuse.

. Ne pas hésiter à se frotter à meilleur que soi. C'est très stimulant !

. Râler auprès des fabricants pour qu'ils nous proposent enfin des palmes longues avec des chaussons confortables, adaptés à nos pointures. Nous sommes assez rares à chausser du 42 !

 

Nathalie Bogrand est une femme moderne. Agée de 30 ans, mère de famille, elle prépare une maîtrise en géographie et vit dans la région du Mans. Monitrice de plongée, elle partage la même passion que Jean-Yves, son compagnon, n'hésitant pas à plonger dans l'eau glacée d'une carrière, à affronter la houle bretonne ou à "mettre la pâtée" à ses homologues masculins, lors des descentes de rivière. En bref, une femme dynamique, volontaire, qui a parfaitement su mener de front sa passion de la plongée avec sa vie de famille et professionnelle.

 

"En plongee, je préfère etre devant ! " 

"Si j'ai toujours aimé l'eau, pratiquant la natation dès mon plus jeune âge, c'est mon père qui m'a orientée vers la plongée. Mes parents étaient déjà plongeurs et papa souhaitait que je fasse l'apprentissage de la vie dans des conditions un peu difficiles, pour me forcer à me prendre en charge, pour me préparer à affronter seule la vie. A l'âge de 16 ans, il m'a inscrite à un stage de plongée au CIP Glénan.

A cette époque, je n'y connaissais rien et n'avais aucune idée de la progression nécessaire pour devenir plongeuse. Cela m'a tout de suite plu ! La plongée me procurait une extraordinaire sensation de liberté, et m'ouvrait un univers plein de découvertes. Sans parler des rapports plus conviviaux avec les autres. Après avoir passé mon B.E, j'ai compris l'importance de la sécurité. Et comme je suis d'un naturel plutôt indépendant, je voulais être maître de ma plongée, sans devoir regarder les palmes d'un moniteur. Je préférait être devant ! Il me fallait donc accéder rapidement à l'autonomie. Ma progression a été étalée sur 8 ans pour diverses raisons et après mon 2e échelon, j'ai décidé de préparer mon monitorat pour acquérir un maximum d'autonomie, pour en faire ma profession et faire partager ma passion. J'ai donc passé successivement un Monitorat Fédéral 1er degré, puis un Brevet d'Etat. A l'époque, il y avait encore relativement peu de filles. La plongée était toujours considérée comme un sport à hauts risques.

Pendant 45 ans, j'ai travaillé comme monitrice de manière professionnelle en saison, enseignant dans divers centres de plongée et avec des élèves très variés. Avec les ados, c'était un vrai plaisir. Je retrouvais chez eux les mêmes sensations que j'avais éprouvées lorsque j'ai débuté. Au fil du temps, j'ai été déçue par le comportement des adultes. Blasés, ils ne sont pas mordus, ils abandonnent facilement. Le fameux "phénomène Grand Bleu" a aussi eu des effets pernicieux.

Pas Facile d’être Mere et Plongeuse

Ce début de déception a coïncidé avec ma première maternité et quelques tentatives infructueuses de travail à l'étranger. Ceci dit, même pendant ma grossesse, je participais sur le bord de la piscine à des cours de plongée et après, avec mon bébé dans un parc, j'ai aussitôt repris les entraînements, puis les saisons d'encadrement. Mais je me suis rendue compte qu'il fallait choisir entre mon rôle de mère, surtout avec un enfant en bas âge, et celui de monitrice, même si on se relayait avec Jean-Yves pour plonger chacun son tour.

La plongée m'a beaucoup apporté. Elle m'a renforcé le caractère, fait assumer mes responsabilités et vaincre ma timidité. Il y a 15 - 20 ans, peu de filles affrontaient le milieu de la plongée, malgré tout "macho".

En ce qui me concerne je n'ai pas eu de problèmes. Ayant eu une éducation relativement masculine, cela m'a protégée de ce machisme. Mais les choses ont évolué dans le bon sens. Avant, on pouvait difficilement montrer son appréhension.

Aujourd'hui, on peut rester très féminine et plonger, d'ailleurs en grande partie grâce aux monitrices, qui sont toujours plus nombreuses.

Malgré tout, il reste beaucoup à faire. Certains hommes craignent encore de plonger avec une fille, ou d'être mal préparés techniquement. Pourtant, une fille est souvent plus patiente, plus compréhensive et se montre généralement très bonne pédagogue. De toute façon, on n'a pas le choix : dans un milieu d'hommes, on doit se surpasser !

Exemple : le matériel, qui reste lourd pour une femme. On doit parfois porter son bloc sur de longues distances et il faut donc s'entrainer davantage, se muscler le dos pour arriver à un niveau comparable à celui d'un homme, ou presque.

Pendant longtemps, il a été difficile de trouver du matériel qui nous soit adapté. Les combinaisons étaient soit moches et chaudes, soit belles et bien coupées, mais glaciales. Cependant, le marché étant porteur, les fabricants ont corrigé le tir et l'on a désormais moins de problèmes. Mais une femme reste plus sensible au froid, c'est un handicap pour nous.

Dans l'eau froide, il m'est arrivé d'avoir les tétons littéralement congelés !" Rires. "N'empêche que ce n'est pas très agréable. De plus, cela perturbe le cycle menstruel. Il peut arriver que l'on n'ait pas de règles ou alors qu'elles soient complètement irrégulières, ou encore très douloureuses, même chez une femme réglée "comme du papier à musique" chez qui, habituellement, tout se passe bien. De plus à cette période, on est plus fatiguée, on a mal au dos, on est encore plus sensible et l'on a des maux de ventre. Si l'on n'est pas obligée de plonger, il vaut parfois mieux s'abstenir.

Sans parler des stages où tout est minuté, où les cours s'enchaînnent et où, lorsqu'on est indisposée, il est parfois délicat de trouver du temps et un endroit discret. Et ça, on aura beau faire tous les progrès imaginables, ça restera toujours un problème typiquement féminin ! ".

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